participation iTPC-Mena à la conférence Aids 2026 de Rio

ITPC-MENA à AIDS 2026: Une région qui refuse de rester en marge

Rio de Janeiro | AIDS 2026

Pour ITPC-MENA, participer à AIDS 2026 ne consistait pas simplement à prendre part à une conférence internationale. Il s’agissait de faire en sorte que la région Moyen-Orient et Afrique du Nord — souvent sous-représentée dans les discussions mondiales sur le VIH — soit visible, entendue et pleinement partie prenante des échanges qui façonnent l’avenir de la riposte.

Pendant six jours à Rio de Janeiro, ITPC-MENA a porté dans les espaces de dialogue les données produites par les communautés, leurs priorités en matière de plaidoyer et les perspectives de la région, autour du suivi communautaire, de l’accès aux médicaments, de la PrEP à longue durée d’action et des partenariats.

Quatre domaines, une même question : Comment renforcer le rôle des communautés de la région MENA dans la définition de la riposte au VIH et faire en sorte que les progrès réalisés se traduisent réellement par un accès plus équitable aux soins et aux traitements ?

Suivi communautaire : transformer les données des communautés en levier de redevabilité

Depuis 2018, FORSS développe des observatoires communautaires qui documentent les barrières d’accès aux soins et transforment les expériences des communautés en données utiles au plaidoyer et au dialogue avec les décideurs.

AIDS 2026 à Rio a été l’occasion de mettre en lumière ces données dans le dialogue international sur la réponse au VIH, avec la présentation du deuxième rapport régional consacré aux barrières d’accès aux soins des femmes. Menée auprès de 641 femmes issues des populations clés au Maroc, en Mauritanie, en Tunisie et au Liban, l’étude documente les discriminations et exclusions qui entravent leur accès à la santé et formule des recommandations concrètes.

Cette dynamique témoigne de la légitimité progressivement acquise par le suivi communautaire : en quelques années, une approche encore discutée est devenue un mécanisme reconnu par les ministères de la Santé des quatre pays. La question est désormais celle de sa pérennité : comment inscrire durablement ces mécanismes dans les réponses nationales au VIH, au-delà des projets et des financements à durée limitée ?

Le Malawi montre que cette transition est possible. Le suivi communautaire y est déployé dans les 28 districts du pays, avec près d’un million de dollars de financement public mobilisé pour en assurer la pérennité. Une trajectoire que la région MENA peut progressivement envisager.

À Rio, cette réflexion sur la place des données communautaires s’est également inscrite dans les échanges portés par ITPC-MENA. Lors de la session pré-conférence HIV Treatment at a Crossroads, Hiba El Khamal, Directrice exécutive d’ITPC-MENA, a souligné leur rôle pour maintenir la société civile comme interlocuteur crédible, notamment dans des contextes où l’espace civique se réduit.

Cette expertise régionale a nourri les échanges lors d’une session dédiée au suivi communautaire organisée par ITPC-MENA, ainsi que dans le CLM Skills Lab d’ITPC Global, aux côtés de militants et militantes d’Afrique du Sud, du Malawi et du Guatemala.

L’expérience de FORSS rappelle ainsi que le suivi communautaire ne consiste pas seulement à collecter des données. Il s’agit de construire des mécanismes de redevabilité capables de faire remonter la réalité vécue par les communautés et de la transformer en levier d’action pour les systèmes de santé.

Accès aux médicaments : questionner le prix des inégalités

À AIDS 2026, ITPC-MENA s’est associée à la coalition Make Medicines Affordable pour mettre la question du prix des médicaments au cœur des discussions, à travers l’installation Pharma Privé.

Conçue comme une boutique de luxe, l’installation présentait volontairement les médicaments comme des produits haut de gamme, mettant en évidence l’écart entre leur coût de production et le prix auquel les personnes doivent y accéder.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le coût de production du lénacapavir est estimé à environ 25 dollars, contre près de 28 000 dollars par an pour y accéder. Pour le cabotégravir, le coût de production est estimé à environ 15 dollars, contre près de 25 000 dollars par an pour y accéder.

Le message affiché à la sortie de la boutique résumait l’enjeu : les médicaments ne sont ni des sacs à main, ni des montres, ni des objets de collection. Ce sont des biens essentiels qui sauvent des vies.

À la fin de la semaine, Pharma Privé a élargi sa présence au-delà du stand, en rencontrant Gilead, ViiV et Merck. ITPC-MENA, membre de la délégation, y a défendu un même principe : l’accès aux médicaments ne devrait pas dépendre du pays dans lequel une personne est née.

PrEP à longue durée d’action : une avancée porteuse d’espoir, pour une région qui refuse d’être laissée de côté

Le Maroc s’apprête à devenir le premier pays de la région MENA à déployer la PrEP injectable, une avancée significative pour la prévention du VIH. Mais elle pose déjà une question essentielle : comment prévenir les inégalités d’accès avant qu’elles ne s’installent ?

C’est précisément l’enjeu abordé lors de la session What About PrEP in the Era of Transition in MENA?, co-organisée par ITPC-MENA et l’ALCS dans le cadre de la GFAN Networking Zone. Les échanges ont porté sur les conditions d’un accès équitable à la PrEP injectable à longue durée d’action dans la région.

Pour Othmane Marrakchi, Advocacy Lead d’ITPC-MENA, l’anticipation est essentielle pour que cette innovation bénéficie aux communautés qui en ont besoin, sans creuser les disparités existantes.

Cette approche doit aussi tenir compte des réalités locales. Dr Fatim Zahra Hajjouji, de l’ALCS, a insisté sur la nécessité d’adapter la PrEP aux contextes et aux besoins des populations de la région. Kods Brahmi, d’ATL MST SIDA Tunisie, a rappelé de son côté que la transition vers de nouvelles modalités de prévention doit se faire avec les communautés, et non sans elles.

L’introduction de nouvelles technologies de prévention ne suffit donc pas. Leur impact dépendra de notre capacité à les concevoir, les déployer et les rendre accessibles avec les communautés, au plus près des réalités de la région.

Partenariats : relier données, plaidoyer et action

Avant l’ouverture de la conférence, ITPC-MENA a engagé un travail de concertation avec ITPC Global et le Global Advocacy Data Hub pour croiser les données, renforcer les synergies de plaidoyer et identifier des pistes d’action communes, à Rio comme au-delà.

Le prochain déploiement de la PrEP injectable au Maroc a été au cœur de ces échanges. À mesure que de nouvelles options de prévention deviennent disponibles, l’accès à une information fiable et la capacité à orienter les populations clés vers les services de santé seront déterminants.

Dans cette perspective, ITPC-MENA a exploré avec Grindr for Equality le potentiel des plateformes numériques pour lutter contre la désinformation, mieux informer sur la PrEP et faciliter l’accès des communautés aux traitements disponibles.

Ces collaborations amorcées à Rio ouvrent ainsi des perspectives au-delà de la conférence, avec un objectif commun : renforcer le plaidoyer et mieux connecter les communautés aux informations, aux outils de prévention et aux services dont elles ont besoin.

AIDS 2026 a permis à ITPC-MENA de faire entendre les réalités, les données et les priorités des communautés de la région dans un espace international de dialogue sur le VIH. Des données communautaires à l’accès aux médicaments, de la PrEP à longue durée d’action aux partenariats stratégiques, les échanges de Rio ont rappelé une évidence : la région MENA doit être pleinement partie prenante de la réponse mondiale au VIH, et non rester en marge des décisions qui la façonnent.

Car la région ne manque ni de données, ni d’expertise, ni de mobilisation. Elle dispose surtout de communautés engagées, dont l’expérience et les voix doivent contribuer à définir les réponses de demain.

L’appel à l’action AIDS 2026

ITPC-MENA a rejoint plusieurs organisations communautaires et de la société civile pour porter une position commune en faveur d’une réponse au VIH mieux financée, plus inclusive et davantage redevable. Élaborée par le GADH, Impact Santé Afrique et GFAN Africa, cette déclaration appelle à renforcer les financements, soutenir directement les communautés et garantir leur participation aux décisions qui les concernent. Lire la déclaration complète